- aspects historiques - inégalités hommes femmes Parfois, hélas, l'enfant tant attendu ne vient pas. Un drame terrible autrefois. un cauchemar redouté de toutes, car la stérilité pouvait etre puni de mort. Le chemin qui, hier, conduisait la femme à la vieillesse était semé d'embûches. Sept "vices" sous la dynastie des Yi autorisaient le mari tout puissant à la répudier : l'adultère, la jalousie, la désobéissance aux beaux-parents, la médisance, le vol, la stérilité (ou toute maladie héréditaire), et l'impossibilité de mettre au monde un enfant mâle ... Piètre compensation de sa pauvre condition, la paysanne stérile avait un sort clément et était simplement chassée de chez elle, tandis que la femme noble se voyait octroyer le triste privilège de pouvoir mettre fin à ses jours en se pendant à un arbre : commettre le chanyomok était une mort respectable. Certains maris, plus indulgents, avaient recours au ssibat'i, littéralement "recevoir la semence"), une méthode qui a enflammé l'imagination de romanciers et cinéastes. Une femme était choisie qui, sans devenir pour autant une concubine officielle, jouait le rôle pendant neuf mois de mère porteuse. S'il s'avérait possible de déterminer que le problème d'nifécondité dans le couple était lié aux capacités du mari, un dépot de semence, ssinaeri, permettai encore de sauver l'honneur perdu du clan. Mais la méthode était dangereuse, un véritable piège pour la femme entrainée dans l'adultère malgré elle. Un homme, en effet, voyageur ou colporteur mais étranger au village, était attiré dans la demeure que les dieux ne voulaient pas bénir d'une naissance. Par une suite de hasards tout soigneusement étudiés, l'inconnu se retrouvait seul avec la maitresse des lieux, qui se devait d'humeur coquine et légère. Arrivait ce que les dieux et les hommes avaient si bien prévus ... Une fois son devoir accompli, l'homme, si la mort ne le fauchait pas à la sortie du village sous forme d'un tragique guet-appens, repartait pour toujours, avec une récompense à la hauteur de sa discrétion. La jeune mère enfin, après avoir mis au monde et allaité l'enfant tant attendu, n'avait d'autre solution, pour sauver son honneur déjà bien entaché par cet adultère programmé, que de se donner la mort ... - stéréotypes (clichés) - femme d'aujourd'hui - instruction d'aujourd'hui (statistiques) Aujourd'hui, après un progrès fulgurant du taux d'alphabétisation, passé de 10% en 1890 à 22% en 1925, pour atteindre 75% en 1952, la Corée comporte l'un des taux d'illétrisme le plus bas du monde. 100% des enfants vont à l'école primaire, 94% dans le secondaire et 46% poursuivent des études supérieures. Partie du bouquin "Cohésion sociale : lettres et pinceaux" Le confucianisme, véritable ciment social, a permis d'endiguer l'orgueil farouche des Coréens et d'inventer cette société terriblement unie et efficace, outil du fameux miracle économique. A l'aube du XXIe siècle, ébranlée par une terrible crise financière, la Corée confucéenne et nouvellement démocratique va affronter de nouveaux défis. Pourra-t'elle conserver les valeurs qui ont fait sa force et poursuivre son ascension économique et sociale ? - Le monde des lettres pour permettre à chacun de ses sujets d'avoir accès à l'écriture, un roi humaniste invente au XVe siècle un alphabet parfaitement adapté à leur langue qui est plus proche par origine du turc que du chinois. Tout au long de l'histoire tourmentée du pays, cet alphabet va devenir le symbole de l'unité et de l'originalité de la culture Coréenne. Ce qui frappe le plus intensément l'esprit du visiteur en Asie, [...], c'est sans doute l'écriture et l'apparente complexité de ces signes incompréhensibles qui envahissent tout, formant la plus formidable barrière qui soit. Impossible pour un occidental de se rattacher à quelque impression de dékà-vu, les points de repère s'évanouissent et l'esprit capitule devant cette limaille noire qui court ou que se porte l'oeil : panneaux d'affichage, pancartes, bus, enseignes de magasins. Cependant cet enchevêtrement de signes inconnus exerce une telle fascination sur nous, Occidentaux, que rare est celui qui revient d'Asie sans un souvenir marqué des étranges dessins, un tee-shirt ou tout simplement un coin de nappe arraché au restaurant marqué de son nom calligraphié d'une main asiatique au pinceau noir, illisible pour le commun des mortels mais pourvoyeur de rêves pour le voyageur. L'observateur attentif aura remarqué qu'en Corée les signes utilisés semblent plus géométriques, plus réguliers qu'en Chine ou au Japon. Des petits traits soigneusement ordonnés, plus simples que les idéogrammes chinois. Le Coréen tient en effet à disposition afin de retranscrire sa langue un alphabet complet, aujourd'hui de vingt-quatre kettres (14 consonnes, et 10 voyelles), inventé au XVe siècle par un roi humaniste, le roi Sejong, qui désirait offrir à son peuple un moyen simple et égalitaire d'accès à la culture. "Notre langue diffère de la langue chinoise par sa prononciation et les idéogrammes qui ne sont pas compris de tous. C'est pourquoi les hommes et femmes illetrés n'ont pas le moyen d'exprimer par écrit leurs idées. Compatissant à leur malheur, j'ai inventé vingt-huit nouvelles lettres faciles à apprendre ..." Cet alphabet, le hangul (littéralement "lettres coréennes"), est toujours utilisé, meme si parallélement des caractères chinois peuvent lui etre mélés. Son importance symbolique, reflétant l'indépendance culturelle de la Corée est réelle, reconnue de tous et fêtée avec pompe à travers toute la péninsule le 9 octobre de chaque année, le "jour du Hangûl". - Chinois et coréen, l'impossible union Les premières traces archéologiques de l'écriture coréenne remontent Ier siècle après JC. Curieusement, meme si la structure de la langue coréenne diffère totalement de celle du chinois, s'avérant donc difficilement restituable avec les idéogrammes, il faut attendre près de quinze siècles avant que la Corée ne se dote enfin d'une écriture lui permettant de retranscrire correctement sa langue et tous ses sons. Jusqu'à l'invention du hangûl, l'alphabet coréen, la langue coréenne, retransposée de façon approximative à l'aide des caractères chinois, resta cantonnée au domaine oral et "non noble", par opposition à la langue chinoise, jugée plus "haute", et plus apte à rendre le caractère officiel d'écrits de cour, militaires, religieux ou littéraires. Le coréen appartient au groupe des langues dites "ouraloaltaïques", un ensemble de langues agglutinantes, regroupant des idiomes aussi inattendus que le hongrois, le finnois, le turc ou le mongol, le mandchou, le toungouze et le tchouvache. En termes simples, ainsi que le terme "agglutinant" le souligne, cela signifie que, sur un radical de base, viennent se fixer comme sur le noyau d'un atome toute une série de particules porteuses de sens ou de fonction grammaticale, qui forment alors un tout avec la cellule d'origine et peuvent meme la modifier légèrement. Le chinois est à rapprocher du tibétain, du thaï, du birman et du parler de Huê, des langues monosyllabiques aux racines sémantiques invariables, indifférentes au genre et au nombre, sans catégories grammaticales. Si temps ou modalités telles que le pluriel peuvent être précisés afin de lever l'indétermination, la grammaire obéit dans l'ensemble à une logique instinctive plus qu'à un ensemble formel de régles. La comparaison structurelle des deux langues montre sans ambiguïté qu'une transcription écrite commune ne peut être viable. Les caractères chinois sont en effet des idéogrammes, c'est à dire qu'ils véhiculent par leur seul aspect un sens, une philosophie. Dès lors, chaque caractère qui correspond à une combinaison précise de petits traits - dont le nombre peut atteindre une trentaine et qui doivent être tracés dans un ordre précis -, possède une prononciation qui lui est propre. Le chinois, afin de différencier tous ces caractères monosyllabiques indépendants fait en outre appel aux tons, qui permettent d'élargir l'éventail des possibilités de prononciations. Il faut ici comprendre qu'un caractère nouveau, inconnu d'un lecteur, ne peut être prononcé par celui-ci, puisque rien dans sa structure n'indique le son qui lui est associé. Seul l'apprentissage et l'étude par coeur permet de retenir les prononciations, ainsi que les significations des différents idéogrammes. L'avantage d'un alphabet par rapport à un tel système est bien sur de permettre la prononciation orale de chaque mot. L'alphabet reste néanmoins un outil, les lettres, prises de facon indépendante, ne véhiculant aucune signification et ne devenant signifiantes qu'une fois appariées. La structure statique du chinois, sans cas grammaticaux, sans notion de temps repérables par des désinences de conjugaison, s'accommode parfaitement du système des idéogrammes. Le coréen, en revanche, qui possède une syntaxe sophistiquée et fourmille de désinences grammaticales, qui en elles-même ne portent pas de sens, ne peut etre figé par la structure nodulaire de l'écriture chinoise. - Un outil démocratique * auparavant, co-existence du Chinois et du Coréen * Système d'une complexité abominable permettant d'écrire le Coréen à l'aide de caractres chinois. Réserve l'art de l'écriture à une élite, et interdisait à la vaste majorité de la population d'avoir accès à l'écriture. Le roi sejong, quatrième souverain de la dynastie des Yi (1392-1910) et père du Hangûl, est l'une des figures les plus importantes de l'histoire des sciences et des lettres en Corée. Durant son rêgne, il effectua de nombreuses réformes dans tous les domaines de la vie (sciences humaines, géographie, agriculture, agronomie, médecine, pharmacologie ...), visant à rendre le royame indépendant de toute influence étrangère,et avant tout chinoise. Le roi, assisté d'un groupe de travail de huit savants, parvint à fonder un institut, le Onmunch'ong (institut de la langue vulgaire), dont le but était de créer un alphabet accessible à tous et permettant de retranscrire parfaitement les 1616 sons de la langue nationale. En septembre 1445, après plusieurs années de travail, était enfin présenté à la cour le hangûl, dans un traité intitulé Hunmin Chôngûm ("sons exacts pour l'instruction du peuple"). L'alphabet, à l'origine phonologiquement parfait, c'est à dire qu'à chaque son correspond une lettre, permettait par les combinaisons multiples de ses 17 consonnes et 11 voyelles de retranscrire les 56 phonèmes de la langue coréenne. Il comprenait alors 28 lettres, soit 4 de plus qu'aujourd'hui, 4 lettres étant tombées en désuétude à partir du XVIè siècle. Le hangûl n'a que peu évolué depuis sa création : lettres simples, faciles à mémoriser, il s'apprend en quelques heures de travail assidu. Il fut d'ailleurs méprisé et appelé ach'im kûl ("lettres étudiables en une matinée"). - langue noble, langue vulgaire Alors que l'établissement de ce fabuleux et moderne outil aurait du favoriser le développement d'une littérature nouvelle purement coréenne, il ne se passe rien. Cette langue vulgaire, nommée onmun, est considérée de façon méprisante comme un alphabet de femmes ou de gynécée, tout juste bon pour les enfants ou les mendiants. Au fil des siècles cet alphabet fut littéralement boycotté par les lettrés. Ceux-ci lui préféraient l'usage du chinois qui leur permettait de conserver un quasi-monopole culturel et politique. Pourtant il a été utilisé : Pour les femmes de l'aristocratie, il a été un moyen de divulguer la bonne morale confucéenne grâce à une série d'ouvrages d'étiquette et de bienséance traduits du chinois. Pour les religieux aussi, il se révèle un fabuleux moyen de diffuser les écrit, permettant de toucher toutes les classes du peuple. Mais, dans l'ensemble, il n'est utilisé que pour des traductions de livres techniques ou classiques dans un effort de vulgariser certains textes mais hors de toute sphère créatrice. Kim Manjung : " Dans notre pays, en poésie comme en prose, nous délaissons notre propre langue et apprenons celle d'une autre nation." - Le Hangûl, arme de résistance Lors de l'invasion japonnaise, les japonais cherchent une intégration totale de la Corée à leur culture, passant par l'interdiction de la langue coréenne, des prénoms et noms de famille coréens et de l'étude de l'histoire de la péninsule. Des mouvements de défense du hangûl apparaissent alors. Dans un deuxième temps, un coréen américanisé, Philip Jaisohn, décide de lancer le premier journal entièrement en hangûl, "l'indépendant" (Tongnip Sinmun), dont la publication débute le 4 avril 1896. On va alors vers une adéquation parfaite entre la langue et l'identité nationale, affranchi du traditionnel carcan chinois mais aussi spirituellement non assujetti au controle nippon. - quelques statistiques sur la langue coréenne d'aujourd'hui Sur 140 464 mots figurant dans le "grand dictionnaire de la langue coréenne", 81362 sont d'origine sino-coréenne, 56115 purement coréens, et 2987 de diverses origines.